Malgré les vilains gros stéréotypes rampants sur les prétendues incapacités des filles en sciences, il y a quand même des jeunes femmes qui se jettent bravement dans la bataille les études de médecine, pas plus impressionnées que les garçons par les dix ans qui les attendent. J'en connais. Je songeais à cela récemment, et une petite anecdote m'est revenue - c'est fou comme on en entend des choses dans les trains.
Il y a quelques temps, j'étais donc dans le train, près de la porte, m'apprêtant à sauter sur le quai dès que l'engin serait rentré en gare. Un jeune homme et une jeune femme discutaient des études de médecine. Ils parlaient de la longueur des études, du fait que les femmes sont plus nombreuses qu'avant à entreprendre ces études-là. Et le gars a déclaré avec un grand sourire, comme si cela allait de soi :
"Ouais, mais les femmes, elles ne continueront pas jusqu'au bout".
La fille a souri aussi, encore une fois comme si cela allait de soi, bien que son sourire à elle soit quelque peu grinçant.
Le jeune homme ne voulait pas dire que les femmes sont moins capables que les hommes, oh non. Ce qu'il voulait dire - et peut-être a-t-il même explicité son sous-entendu, je ne sais plus très bien - , c'est que si les étudiants en médecine avaient des enfants, quand c'étaient des hommes, ils continuaient, et quand c'étaient des femmes, elles arrêtaient. Voilà, tout simplement. Et si la fille a eu un rire crispé, ce n'est sans doute pas parce que cette déclaration lui semblait anormale. Tout deux en parlaient comme si c'était inévitable. La vie, la fatalité, ma brave dame.
Et attendez, je pourrais encore insister sur le fait que quand un homme et une femme en blouse blanche rentrent dans une chambre d'hôpital, il est courant que d'emblée l'homme soit assimilé au médecin et la femme à l'infirmière ; je pourrais aussi parler du machisme archaïque qui sévit encore dans certaines facs de médecine ; mais je vais m'arrêter là, je ne voudrais pas décourager les jeunes futures doctoresses qui m'entourent...