Les famélézenfants

Petite anecdote récente. J'étais conduite en voiture par une femme dotée d'une ironie décapante. Nous écoutions la radio. Le présentateur des infos déclara :

"Le chef de l'Etat a déclaré qu'il s'agissait d'un incident très grave, qui a touché des enfants, des femmes".

"Quand c'est des hommes, c'est moins grave !" ironisa ma conductrice avec un agacement non dissimulé.

... Apparemment oui. Je fus cependant soulagée de constater que cette manière de penser famélézenfants l'énervait autant que moi.
# Posté le dimanche 06 juillet 2008 17:03

Je n'aurai pas acheté ce journal local pour rien.

Une gare, un journal, moi qui l'achète et tombe en arrêt sur un "fait divers". Pour résumer, c'est l'histoire d'un homme qui, après avoir suivi une jeune fille dans la rue, s'est masturbé devant elle. Notre homme se retrouve à la barre des accusés, et son avocat le défend. Je ne reproche pas à l'avocat de défendre son client, il est là pour ça. Mais les propos de l'avocat me mettent en rage :

Puis il replace son client dans un contexte de "misère économique et de misère sexuelle". Manoeuvre en scierie, Pascal n'a reçu aucune éducation sexuelle, aucune éducation "sur la plus élémentaire psychologie féminine" : "C'est un timide qui est passé à l'acte. Il a pris le moyen de base, instinctif, de l'homme pour réagir".

Allons bon. La misère sexuelle serait-elle une spécificité masculine ? La masturbation, une spécificité masculine ? Et quelle est cette "psychologie féminine" ?
Bien entendu, les femmes se masturbent autant que les hommes. Bien entendu, les femmes ont autant de désir sexuel potentiel que les hommes. Personne ne doute de cela, n'est-ce pas ? J'ose donc espérer que lorsque l'avocat parle de "moyen de base, instinctif, de l'homme pour réagir", le mot "homme" est employé dans le sens homo, hominis, être humain... Sinon, il faudrait en déduire que l'avocat défend son client avec des arguments sexistes ("ben ouais, c'est un homme koa..."). Avec l'allusion à "la plus élémentaire psychologie féminine", ça fait beaucoup.
# Posté le dimanche 22 juin 2008 12:47

Le concept de virginité

Le concept de virginité
C'est bien beau de parler de la virginité, de se demander si elle doit avoir une importance ou pas, mais je m'interroge : qu'est-ce que la virginité ? Existe-t-elle vraiment ? Doit-elle exister ?

La virginité est un concept social et non une réalité biologique
On dit souvent d'une femme qu'elle n'est plus vierge parce que son hymen s'est déchiré. Or, celui-ci peut se déchirer dans d'autres circonstances : il suffit parfois d'un tampon hygiénique un peu épais, d'un mouvement brusque en faisant du sport... Il arrive aussi que l'hymen se déchire en plusieurs fois. Il y a aussi des femmes qui naissent sans hymen.
Mais si la "virginité" n'existe pas biologiquement, qu'est-elle au juste, sinon un concept social ?
Il existe encore aujourd'hui des personnes qui déclarent d'une fille "dépucelée" qu'elle est enfin "une femme" parce que non vierge (comme dans la chanson de Benabar). Doit-on en déduire que pour devenir "une femme", il faut recevoir l'adoubement du sacro-saint pénis ?
Qu'est-ce que la virginité, sinon le culte du pénis et du rapport coïtal ?
Empiriquement, nous savons très bien que le coït ne peut à lui seul résumer toutes les pratiques sexuelles. Nous savons que la masturbation, la sexualité hétérosexuelle sans coït, la sexualité homosexuelle et la sexualité à plus de deux personnes existent. Mais, norme sociale oblige, nous faisons souvent comme si seul le coït existait... La preuve, le terme dédaigneux utilisé pour désigner ce qui précède le coït, "les préliminaires", comme si cela ne comptait pas, comme si seul le coït avait de l'importance... L'expression "rapport sexuel" est fréquemment utilisée pour désigner la pénétration du vagin par le pénis, niant ainsi l'existence de toute autre pratique sexuelle qui n'est pas fondée sur ladite pénétration.
J'ai déjà entendu parler de jeunes filles d'aujourd'hui qui, pour rester "vierges", acceptent la sodomie et d'autres pratiques sexuelles sans coït avec les hommes. Dans un récit de Pascal Quignard, Albucius, est résumé un texte écrit au premier siècle avant JC par l'auteur latin Albucius, sur une future vestale (une religieuse romaine qui devait rester vierge) vendue comme esclave, devenue prostituée, qui faisait comme ces jeunes filles. C'est bien, vingt siècles ont passé, toujours pas de progrès de fait, apparemment.

Le concept de "virginité", c'est le sacre social du pénis : eh oui, chez les femmes le clitoris est un organe uniquement dédié au plaisir, pas besoin donc d'être nécessairement pénétrée pour jouir. Il est intéressant, à ce propos, de regarder comment les pratiques homosexuelles, sans coït pénis-vagin, sont jugées par les lieux communs : si la sexualité entre hommes choque encore certaines âmes pures, son existence n'est pas remise en question, et est fréquemment associée à la sodomie ; en revanche, la sexualité entre femmes est souvent relativisée, voire niée, comme si la sexualité ne pouvait pas exister sans pénis. On entend parfois des gens, des femmes même, se demander ce que des femmes entre elles peuvent bien faire, vu qu'elles n'ont "que des trous" (sic)... "Que des trous" : je trouve cette formulation insultante pour toutes les femmes. Comment des femmes peuvent-elles ainsi en venir à tant mépriser leur corps ? A faire comme ci celui-ci n'existait pas sans pénis sauveur ?

Le concept de "virginité", c'est une norme sociale et sexuelle imposée : celle du coït. Aujourd'hui, le mariage n'est plus considéré comme une étape obligée en France, mais la fameuse "première fois" (comprenez "premier coït") semble demeurer incontournable et conserve l'aura sacrée d'une tradition éternelle et inébranlable. Comme si rien n'existait en dehors de la pénétration pénis-vagin. Quel triste manque d'imagination !

A partir de quand n'est-on plus vierge ? Suffit-il d'une caresse manuelle ou buccale ? Les sexs toys sont-ils dotés de la même aura sacrée que le pénis ? Une femme qui couche avec un homme sans pénétration pénis-vagin est-elle vierge ? Une femme qui ne couche qu'avec des femmes est-elle vierge ? Et un homme, quand perd-il sa "virginité" ?

Non, la "virginité" n'est pas une "qualité essentielle"... Pas seulement au nom de l'égalité hommes-femmes. Si nous mettons fin à de vieilles normes sociales et sexuelles sans fondement, il n'y a plus de virginité. La "virginité" n'est pas une "qualité essentielle" parce qu'elle n'existe pas.
# Posté le dimanche 22 juin 2008 12:19

Nouvelles d'un autre monde.

Nouvelles d'un autre monde.
Parfois, j'ai tendance à oublier le monde dans lequel je vis. Le monde en rose et bleu, le sexisme, les clichés, tout ça. Plongée dans le monde rassurant de l'université, entourée de chercheur-e-s super cultivé-e-s qui savent même parfois qui est Judith Butler, je ne vois plus le sexisme.
Mais il revient vite au galop. Dans un autre lieu que je fréquente beaucoup aussi, le train, par exemple.
Je me souviens de ce couple, un homme et une femme d'un certain âge qui s'étaient rendu compte que le train ne s'arrêtait pas à la gare pour laquelle ils avaient pris un billet d'arrivée. Ils ont dû descendre dix minutes plus tard dans une autre gare. Debout devant la porte encore fermée du wagon, l'homme gonflait son torse, se hâtait de mobiliser sa très sociale virilité, tandis que la femme l'exhortait à faire preuve de fermeté devant les agents de la SNCF : "Tu gueules. Ah si, tu gueules !". La scène inversée aurait bien entendu été inimaginable...
Je me souviens aussi de ce jeune homme qui répondait sèchement à une femme l'appelant souvent au téléphone : "Stéphanie, arrêtes. Mais pourquoi tu fais ça ? Je vais t'en mettre une... Tu arrêtes ou je vais t'en mettre une !". Quels que puissent être les torts de cette Stéphanie, ce menaçant "je vais t'en mettre une" a eu le don de me glacer le sang.
Il y a eu aussi, dans un kebab, le garçon qui passait d'autorité sa commande pour lui et une fille l'accompagnant, et la fille protestant avec irritation : "Mais non, ce n'est pas ça que je veux !".
Et puis, même à l'université on n'est pas à l'abri. Un chercheur a un jour confirmé les soupçons que j'avais sur Françoise Héritier (depuis que j'ai lu des propos de Christine Delphy sur celle-ci dans le tome 2 de l'Ennemi principal) en évoquant celle-ci : "Comme le dit Françoise Héritier dans "Masculin-féminin, la pensée de la différence", l'enfant se rend compte en grandissant que le monde est double, qu'il y a des hommes et des femmes. D'où le tabou de l'homosexualité". Je précise que ce "monde double" n'était pas du tout présenté comme socialement construit, mais plutôt comme atemporel. Et pourtant, il s'agissait d'évoquer une oeuvre dans laquelle la différence sociale entre les sexes, entre l'hétérosexualité et l'homosexualité, semblait abolie... Ce qui pour ce chercheur était bien entendu un mal, un appauvrissement du monde.
Mais il y a peut-être de l'espoir. Est-ce que les gens croient vraiment aux stéréotypes qu'ils propagent ? Parfois, le stéréotype peut n'être qu'un prétexte pour un humour sans surprise. Je me souviens de cette femme qui s'écriait récemment, d'un ton un peu accablé :
"Ah, les garçons, les garçons ! Les filles sont sérieuses, même pendant la période du bac elles viennent toujours en cours, mais les garçons ne viennent plus, ils disparaissent...".
Comme je restais silencieuse, elle voulut susciter mon approbation :
"Vous ne trouvez pas ?".
A quoi je répondis :
"Cela dépend desquels".
Et elle, soudain sérieuse :
"Oui".

(Mais il y a peut-être des gens pour qui la remise en question serait plus difficile. Que disait cette femme, entendue dans le train, déjà ? Ah oui : "Moi je dis, maman toujours, papa peut-être, hein ! Je n'accorde aucune confiance aux mecs". Elle parlait d'un homme qui venait de se séparer de la femme avec laquelle il vivait, avec qui il avait des enfants. Non, mine de rien il y a encore du boulot)

(En plus, dans cet autre monde, le concept de "virginité" a encore de l'importance... Mon prochain article sera donc consacré - roulement de tambours - au concept social de la "virginité"... dont il serait peut-être temps de se débarrasser... non ?)
# Posté le samedi 31 mai 2008 06:22
Modifié le samedi 31 mai 2008 06:37

(Soupir...)

(Soupir...)
- Je viens de voir cette pub débile s'afficher sur le très féministe blog de Chaminou. La pauvre, elle n'a pas mérité ça.

- Est-ce que quand une femme exerce une activité traditionnellement "masculine", elle doit nécessairement adopter le langage d'un gros plouc macho pour être crédible ? Non, évidemment. Pas plus tard qu'il y a deux jours, l'une d'elles (chef d'orchestre, chef de choeur, super-chef d'une école, et tout et tout) a pourtant dit à des hommes de chanter comme des "vrais mecs", et pas comme des "tafioles". Quatorzième degré ou beaufitude primaire ? Je m'imagine mal dire à cette femme : "Dirigez comme une vraie femme, pas comme une gouine". En plus la super-rumeur dit qu'elle est vraiment lesbienne. J'y comprends plus rien, moi...
(La connaissant, je penche quand même pour l'hypothèse "quatorzième degré"... Mais quand même, quoi...)

Il ne me reste plus qu'à convertir le monde entier au féminisme. Quelque chose me dit que ce n'est pas gagné. Me pendre, moi ? Mais non, ne vous réjouissez pas trop vite... ;)

(en plus il faut quand même que je ponde - très drôle - un article sur la fête des mères demain...)
# Posté le samedi 24 mai 2008 09:14
Modifié le samedi 24 mai 2008 09:39